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Nous vivons à une époque où les applications de nos téléphones comptent chacun de nos pas, où les bracelets fitness nous rappellent que nous sommes restés assis toute la matinée, et pourtant la plupart d'entre nous passent une grande partie de la journée sans le moindre mouvement. Pourtant, l'un des exercices les plus naturels et les plus accessibles qui soit – la marche – nous attend littéralement au coin de la rue. Dans une ville où tout semble fonctionner selon le principe « le plus vite possible et avec le moins d'effort possible », il est paradoxalement plus facile qu'ailleurs de trouver des occasions de bouger. Il suffit de savoir où et comment les chercher.

L'urbanisme moderne a certes apporté le métro, les tramways, les vélos en libre-service et les trottinettes électriques, mais il nous a aussi subtilement privés du mouvement naturel que les générations précédentes considéraient comme une évidence. Nos grands-parents n'allaient pas « faire de l'exercice » – ils marchaient, tout simplement. Au magasin, chez les voisins, au marché, au travail. La marche n'était pas une activité supplémentaire, mais une composante fondamentale du rythme quotidien. Aujourd'hui, nous devons reconstruire consciemment ce rythme, au cœur même d'un environnement qui nous invite à rester assis.


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Pourquoi marcher en ville, c'est bien plus que faire du sport

Vous vous demandez peut-être si la marche mérite vraiment d'être considérée comme une forme d'activité physique. Après tout, ce n'est pas un « vrai » exercice, n'est-ce pas ? Ce mythe est pourtant remarquablement tenace, et pourtant totalement faux. L'Organisation mondiale de la santé recommande aux adultes au moins 150 minutes d'activité physique d'intensité modérée par semaine, et la marche rapide entre pleinement dans cette catégorie. La marche régulière réduit le risque de maladies cardiovasculaires, aide à réguler la glycémie, améliore l'humeur et favorise la qualité du sommeil. Et tout cela sans abonnement à une salle de sport, sans équipement spécial et sans avoir à bloquer du temps dans son agenda pour un « entraînement ».

En milieu urbain, la marche possède en outre une dimension supplémentaire qui la distingue du tapis de course ou d'une promenade dans un parc de campagne. La ville stimule. Les vitrines, les gens, l'architecture, les odeurs des boulangeries, les rencontres fortuites – tout cela fait de la marche une expérience, et non un simple mouvement mécanique des jambes. Les psychologues parlent du phénomène de « soft fascination », c'est-à-dire d'une attention douce et non contraignante portée à l'environnement, qui permet au cerveau de se reposer tout en restant présent. Une promenade en ville peut ainsi être à la fois méditation, source d'inspiration et mouvement naturel – le tout en un.

Le chiffre de 10 000 pas par jour est devenu une sorte d'étalon-or, bien que son origine soit assez surprenante – il est né comme slogan marketing d'un fabricant japonais de podomètre dans les années 1960, et non comme une norme établie scientifiquement. Des recherches publiées dans la revue spécialisée JAMA Internal Medicine ont montré que les bénéfices pour la santé apparaissent dès environ 7 000 pas par jour et continuent de croître à chaque millier supplémentaire. Autrement dit, il ne s'agit pas d'un chiffre magique, mais d'un principe : plus de pas signifie une meilleure santé, et chaque pas supplémentaire compte.

Comment intégrer naturellement plus de pas dans sa journée en ville

La théorie, c'est bien, mais à quoi cela ressemble-t-il concrètement ? Prenons l'exemple de Martina, chef de projet de trente ans originaire de Brno. Elle travaille dans un bureau, se déplace en métro et s'effondre le soir sur son canapé, épuisée. Elle a pourtant réussi à faire passer son nombre de pas quotidiens de 3 500 en moyenne à plus de 8 000 – sans mettre les pieds dans une salle de sport et sans se lever une heure plus tôt. Comment ? En descendant une station avant sa destination, en déjeunant dans un parc plutôt qu'à son bureau, et en promenant son chien le soir, qui l'« oblige » à sortir même par temps de pluie. Rien de spectaculaire, aucune révolution – juste une série de petites décisions qui sont progressivement devenues des habitudes.

C'est précisément cette stratégie des petits changements qui est la clé d'un mode de vie actif sans avoir l'impression de faire du sport. Les spécialistes du changement comportemental l'appellent le « habit stacking » – les nouvelles habitudes se greffent sur des routines existantes comme des wagons supplémentaires. Vous voulez marcher davantage ? Associez la marche à quelque chose que vous faites déjà. Un appel téléphonique avec un ami ? Marchez pendant que vous parlez. Le café du matin ? Allez le chercher dans le café un peu plus loin, plutôt que celui juste en bas de chez vous. Une réunion qui pourrait se faire en marchant ? Proposez à vos collègues un « walking meeting » – ce format est plébiscité par des entreprises du monde entier, et des études confirment que le mouvement pendant une réunion stimule la créativité et réduit les tensions.

La ville elle-même offre des dizaines d'occasions quotidiennes de bouger, que nous ignorons généralement. Les escalators et les ascenseurs sont un confort que nous avons tellement pris pour acquis que les escaliers nous semblent être l'exception. Pourtant, monter des escaliers brûle environ cinq fois plus de calories que prendre l'ascenseur et renforce considérablement les muscles des jambes et des fessiers. De même pour le trajet du travail à la maison – plutôt que de prendre le chemin direct en métro, on peut une fois par semaine opter pour la variante pédestre plus longue et en faire une promenade consciente, pendant laquelle on observe son environnement, on se détend et on bouge en même temps.

Le choix des chaussures joue également un rôle important. Cela peut sembler trivial, mais les ampoules douloureuses ou les pieds fatigués sont l'une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles les gens abandonnent la marche. Investir dans des chaussures de qualité, confortables et adaptées à la marche prolongée, c'est investir dans sa propre santé – et il n'est pas nécessaire d'opter pour des marques sportives haut de gamme, mais pour des chaussures qui s'adaptent vraiment au pied et soutiennent son mouvement naturel. De même que l'on veille à la qualité de son alimentation ou de son sommeil, il convient de prêter attention à ce dans quoi on marche.

Pour ceux qui souhaitent suivre leurs déplacements en ville et rester motivés, diverses applications et podomètres constituent des outils intéressants. Leur valeur réside moins dans la précision de la mesure que dans le fait que le retour d'information motive. Voir un chiffre en fin de journée – que ce soit 5 000 ou 9 000 pas – crée un sentiment d'accomplissement et incite naturellement à faire un peu mieux le lendemain. Comme l'écrivait l'écrivain et philosophe Henry David Thoreau : « Je pense que le moment où mes jambes commencent à bouger, mes pensées commencent à bouger aussi. » Cette intuition est aujourd'hui confirmée par la recherche – la marche favorise effectivement la pensée divergente et la créativité.

Flat-lay of urban walking essentials including comfortable shoes, fitness tracker, reusable cup, and step-counter app

La marche, composante d'un mode de vie urbain durable

La marche en ville possède cependant une autre dimension qui dépasse la santé individuelle. Chaque personne qui choisit ses propres jambes plutôt que la voiture ou les transports en commun contribue – même modestement – à des rues moins encombrées, à moins de bruit et à un air plus pur. La mobilité piétonne est la forme de déplacement la plus durable qui soit – zéro empreinte carbone, zéro coût en carburant, zéro besoin de place de stationnement. À l'heure où les villes du monde entier cherchent des moyens de réduire leurs émissions et d'améliorer la qualité de vie de leurs habitants, la marche est l'un des outils les plus simples et les plus efficaces dont chacun d'entre nous dispose directement.

De nombreuses villes européennes soutiennent activement cette philosophie. Vienne, Copenhague ou Amsterdam sont conçues depuis longtemps pour que la marche et le vélo soient des choix naturels, et non des actes héroïques. Prague, Brno ou Ostrava se transforment également progressivement dans ce sens – les zones piétonnes se multiplient, les trottoirs s'élargissent, de nouveaux parcs et corridors verts voient le jour. Cette infrastructure est une invitation à cesser de percevoir la marche comme une perte de temps et à commencer à la considérer comme une composante naturelle de la vie urbaine.

Pour les parents avec enfants, la marche quotidienne a une valeur ajoutée : celle de l'exemple transmis aux enfants. Un enfant qui voit ses parents marcher, observer leur environnement et prendre plaisir à bouger développe naturellement un rapport à l'activité physique bien avant d'apprendre à l'école ce qu'est le sport. Le mouvement sain se transmet – non pas génétiquement, mais par le mode de vie.

Il existe aussi un aspect psychologique souvent négligé dans les discussions sur la marche : marcher, c'est du temps pour soi. Dans un monde saturé de notifications, de deadlines et de disponibilité permanente, une promenade sans téléphone – ou du moins sans écouteurs – est une forme rare de repos pour l'esprit. Des recherches menées par l'Université du Michigan ont montré que seulement 20 minutes de marche dans un environnement naturel ou semi-naturel (et les parcs urbains comptent) réduisent significativement le taux de cortisol – l'hormone du stress. La ville offre ainsi non seulement du mouvement, mais aussi une occasion de régénération mentale, tout aussi nécessaire aujourd'hui que l'activité physique.

Il n'est pas nécessaire de réinventer sa vie, de se lever à l'aube ou d'acheter du matériel coûteux. Il suffit, la prochaine fois que vous aurez un moment libre ou que vous attendrez un bus, de faire quelques pas de plus. De choisir les escaliers. D'aller déjeuner à pied. De descendre un arrêt plus tôt. Bouger en ville n'est pas une performance ni une discipline – c'est une façon de renouer avec quelque chose que nous avons toujours su faire en tant qu'êtres humains et qui nous fait naturellement du bien. Et le meilleur dans tout ça ? Cela nous attend littéralement au coin de la rue.

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