# Qu'est-ce que le friluftsliv, ou la philosophie scandinave de la vie en plein air
Il existe un mot que les Scandinaves utilisent pour quelque chose que les autres peuples ont du mal à décrire en un seul terme. Friluftsliv – un concept norvégien qui pourrait se traduire par « vie au grand air » ou « vie libre dans la nature » – n'est ni un simple passe-temps ni une tendance des réseaux sociaux. C'est une façon de penser, une attitude profondément ancrée envers le monde, qui dit : la nature n'est pas un endroit où l'on va le week-end. C'est un foyer auquel nous appartenons chaque jour, par tous les temps, en toutes saisons.
Alors que la culture tchèque entretient une relation chaleureuse avec la nature – pensons à la tradition des maisons de campagne ou à la cueillette des champignons – l'approche scandinave va encore un pas plus loin. En Suède, en Norvège et au Danemark, une promenade sous la pluie n'est ni une exception ni un acte héroïque. C'est simplement une partie de la journée, aussi naturelle que le petit-déjeuner ou le café du matin. Et c'est précisément cette évidence, cette quotidienneté discrète, qui est selon les experts l'une des clés de la santé mentale que les Scandinaves maintiennent à un niveau remarquablement élevé sur le long terme.
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Ce que signifie vraiment le friluftsliv et d'où il vient
Le mot friluftsliv fut utilisé pour la première fois par le dramaturge et écrivain norvégien Henrik Ibsen dans un poème de 1859. Ibsen y décrivait le sentiment de libération que ressent une personne lorsqu'elle quitte l'environnement urbain étouffant pour s'aventurer dans un paysage ouvert. Depuis lors, le concept est devenu une partie intégrante de l'identité scandinave – à tel point qu'en Norvège il existe une loi appelée allemannsretten, soit le « droit de chacun », qui garantit l'accès à la nature à tous sans distinction. Chacun peut librement se promener dans les forêts, camper sur des terres non cultivées ou nager dans les lacs, peu importe à qui appartient le terrain. La nature n'est pas un luxe privé – c'est un patrimoine commun.
Cette philosophie diffère de ce que la plupart des gens en Occident imaginent sous le terme « séjour dans la nature ». Le friluftsliv n'est pas une question de performance, de conquête de sommets ni de photographies Instagram sur une falaise rocheuse. Il s'agit plutôt d'une présence silencieuse – s'asseoir près d'un feu, écouter la pluie tambouriner sur la tente, patauger dans un marécage ou simplement se tenir dans une forêt et laisser l'esprit vagabonder librement. La clé n'est pas l'adrénaline, mais la sérénité.
Cette différence est fondamentale, car c'est précisément là que réside la puissance thérapeutique de l'approche scandinave. Le monde moderne nous bombarde de stimuli, de défis et d'un besoin constant de productivité. Le friluftsliv offre un contrepoids – un espace où l'on n'a rien à prouver et où la valeur d'un moment ne réside pas dans le fait de le partager, mais dans le fait de le vivre.
Un exemple intéressant vient d'un projet de recherche mené dans la ville norvégienne de Bergen, où des cliniques psychiatriques locales ont commencé à intégrer des excursions régulières dans la nature à leurs programmes de traitement. Des patients souffrant de dépression sévère et de troubles anxieux, qui participaient une fois par semaine à des promenades en groupe dans les paysages environnants, présentaient après huit semaines une amélioration significative de l'humeur et une réduction des symptômes dépressifs – et ce, même en comparaison avec des groupes ne bénéficiant que d'un traitement pharmacologique. La nature ne fonctionnait pas ici comme un complément à la thérapie. Elle était devenue la thérapie elle-même.
La science derrière les vertus guérissantes de la nature
Il serait facile de rejeter le friluftsliv comme un mythe romantique ou une particularité culturelle des peuples nordiques. Pourtant, les preuves scientifiques parlent clairement et de plus en plus fort. Les recherches des deux dernières décennies montrent que la fréquentation régulière d'environnements naturels a des effets positifs mesurables sur le cerveau, le corps et le psychisme.
Le concept japonais de shinrin-yoku – le « bain de forêt » – a été largement étudié par des scientifiques de la Nippon Medical School de Tokyo. Les résultats publiés dans la prestigieuse revue Environmental Health and Preventive Medicine ont montré que de simples promenades de deux heures en forêt réduisent le taux de cortisol (l'hormone du stress), ralentissent le rythme cardiaque et renforcent le système immunitaire. La nature modifie littéralement la chimie de notre corps.
Cet effet est dû notamment aux phytoncides – des substances volatiles que les arbres libèrent dans l'air comme défense naturelle contre les bactéries et les champignons. Lorsqu'un être humain les inhale, ses cellules tueuses naturelles du système immunitaire sont activées. Mais il ne s'agit pas seulement de biochimie. Il s'agit aussi de la façon dont la nature influence l'attention et la pensée.
Le psychologue américain William James distinguait deux types d'attention : l'attention dirigée, qui exige concentration et effort, et l'attention involontaire, qui s'active spontanément en réponse à des stimuli naturels – le murmure de l'eau, le mouvement des feuilles, le chant des oiseaux. La théorie moderne de la restauration de l'attention, développée par les psychologues Rachel et Stephen Kaplan à l'Université du Michigan, affirme que la nature nous guérit précisément parce qu'elle active l'attention involontaire et laisse l'attention dirigée – celle qui s'épuise au travail et en ville – se reposer. Il en résulte un sentiment de fraîcheur mentale et d'équilibre émotionnel que connaît quiconque est revenu d'un séjour prolongé dans la nature.
Comme l'a dit le philosophe norvégien Arne Næss, l'un des pionniers de l'écologie profonde : « La nature n'est pas là-dehors. La nature, c'est nous. » Cette phrase semble peut-être une métaphore poétique, mais les neurosciences la confirment de plus en plus. Le cerveau humain s'est développé pendant des centaines de milliers d'années dans un environnement naturel, et ce n'est que depuis quelques centaines d'années – et surtout depuis quelques décennies – qu'il passe la majeure partie de son temps dans un monde artificiel et numérique. Il n'est pas étonnant qu'il ne s'y sente pas toujours bien.
La dépression et les troubles anxieux sont aujourd'hui les maladies mentales les plus répandues dans le monde. Selon l'Organisation mondiale de la santé, plus de 280 millions de personnes souffrent de dépression. Pourtant, des études montrent à plusieurs reprises que les personnes vivant à proximité d'espaces verts, de parcs ou de zones naturelles présentent statistiquement moins d'épisodes dépressifs et gèrent mieux le stress. Le friluftsliv offre une réponse accessible et peu coûteuse à la crise de santé mentale qui touche également la République tchèque.
Comment transposer l'approche scandinave dans la vie tchèque
Vous n'avez pas besoin de déménager en Norvège ni d'investir dans un équipement outdoor coûteux pour vivre dans l'esprit du friluftsliv. L'essence de cette approche est en réalité très simple et démocratique – accessible à tous, quel que soit l'âge, la condition physique ou les moyens financiers.
Le principe de base est le suivant : sortez, et ce régulièrement, par tous les temps. Les Scandinaves ont un proverbe qui pourrait se traduire approximativement ainsi : « Il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais vêtements. » Cet état d'esprit est fondamental. Le friluftsliv ne repose pas sur des conditions – il n'attend pas la journée ensoleillée idéale, les vacances ou le week-end. C'est une pratique quotidienne, non pas une évasion occasionnelle.
Imaginez l'exemple de Markéta, une enseignante de trente ans de Brno, qui, après avoir lu un article sur le friluftsliv, a commencé à se lever une demi-heure plus tôt chaque matin pour faire une courte promenade dans le parc voisin – sans téléphone, sans écouteurs, sans but précis. Au début, cela lui semblait inutile et un peu ennuyeux. Après trois semaines, elle a remarqué qu'elle se levait plus facilement le matin, que les pensées anxieuses la tourmentaient moins et qu'elle se concentrait mieux au travail. Elle n'avait rien fait de révolutionnaire. Elle était simplement sortie.
Le friluftsliv peut se pratiquer de nombreuses façons qui s'adaptent naturellement à l'environnement et aux traditions tchèques :
- Des randonnées pédestres sans destination précise – une promenade en forêt ou dans les champs sans carte et sans contrainte de temps
- La cueillette des champignons et des herbes – une activité traditionnelle tchèque qui est en réalité du friluftsliv à l'état pur
- Le petit-déjeuner ou le déjeuner en plein air – manger dans la nature, même simplement dans un jardin ou un parc, change la perception du repas
- L'observation de la nature – observer les oiseaux, regarder les nuages, écouter les sons de la forêt sans avoir besoin de documenter quoi que ce soit
- Les promenades nocturnes – moins habituelles, mais particulièrement efficaces pour renouer avec les rythmes naturels du monde
Il est important d'abandonner la mentalité de la performance. Le friluftsliv ne consiste pas à comptabiliser les kilomètres parcourus ni les calories brûlées. Il s'agit de la qualité de la présence, non de la quantité du mouvement. Ce changement de mentalité – de la performance à l'expérience vécue – est peut-être ce qu'il y a de plus difficile, mais aussi de plus précieux que la philosophie scandinave peut offrir.
Pour ceux qui souhaitent aller encore plus loin, il existe en République tchèque des communautés croissantes axées sur la présence consciente dans la nature, la thérapie forestière ou le « forest bathing » d'inspiration japonaise. De nombreux psychothérapeutes et coachs travaillent aujourd'hui en plein air – les séances se déroulent lors de marches en forêt plutôt que dans des fauteuils de bureau, et les résultats sont selon leurs dires étonnamment bons.
La nature a été, pendant la majeure partie de l'existence humaine, notre environnement naturel. Ce n'est que récemment que nous nous en sommes détachés – et nous en payons le prix sous la forme d'une anxiété croissante, d'un épuisement professionnel et d'une dépression. Le friluftsliv ne nous apporte rien de nouveau. Il nous rappelle simplement ce que nous avons toujours su, mais progressivement oublié : que les arbres, le vent, la pluie et le silence de la campagne possèdent un pouvoir qui dépasse toute application, toute tendance bien-être et tout médicament. Et le mieux dans tout cela, c'est que ce pouvoir est librement disponible – il suffit d'ouvrir la porte et de sortir.